vendredi 2 juin 2017

Avec tout le respect qui vous est dû, Cardinal Müller,
ce n'est pas « impossible »




par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Fatima Network Perspectives
Le 1 juin 2017

Dans ma chronique du 30 mai, j'ai discuté de l'important entretien de l'EWTN avec le Cardinal Gerhard Müller concernant Amoris Laetitia (AL) et de la perspective des « diacres » féminines dans l'Église. L'entretien a poursuivi la ligne de pensée de Müller à tout simplement nier que le Pape Bergoglio a l'intention de faire ce qu’il fait évidemment en autorisant l'admission intrinsèquement impossible de la Sainte Communion à des personnes vivant dans des « seconds mariages » adultères.

Une remarque dans l'entretien justifie une chronique à elle seule. En ce qui concerne Amoris Laetitia, Müller a déclaré à Arroyo qu’« il est absolument impossible que le Pape, en tant que successeur de Saint Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ pour l'Église universelle, pourrait présenter une doctrine qui est clairement à l’encontre des Paroles de Jésus-Christ ».

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

Avec tout le respect dû au Cardinal, à qui je ne pourrais même pas tenir une chandelle concernant ses titres de compétences théologiques, il se trompe sur ce point. Il n'est pas du tout impossible pour un Pape d'enseigner l'erreur, car cela signifierait que le Pape est absolument infaillible dans tout ce qu'il dit en sa qualité de Pape, ce qui n'est certainement pas l'enseignement de l'Église. L'exemple historique évident est celui du Pape Jean XXII, qui a insisté dans une série de sermons et a même écrit un traité qui affirmait que les bienheureux décédés ne voient pas Dieu d’ici jusqu'à la fin des temps, suscitant ainsi une opposition furieuse conduisant à sa rétraction de ce faux enseignement sur son lit de mort.

Ce qui est impossible, comme l'observe le renommé canoniste Ed Peters, est qu’« un Pape engage l'Église dans une hérésie. Quelle que soit la gravité des conséquences pour un Pape qui tombe dans l'hérésie, l'Église elle-même ne peut pas tomber dans l'hérésie sous sa gouverne ou de qui que ce soit d’autre. Deo gratias ».

Mais, comme l'observe encore Peters, alors que le Saint-Esprit n'autoriserait jamais un Pape à imposer l'hérésie à l'Église universelle, « la tradition canonique reconnaît pourtant (et l'histoire le suggère) qu'un Pape donné pourrait tomber dans l'hérésie personnelle et qu'il pourrait même promouvoir une telle hérésie publiquement, ce qui nous amène à penser à ces possibilités ». Ainsi, par exemple, le Pape Honorius I a été condamné à titre posthume pour sa promotion de l'hérésie monothélite (une seule volonté, la volonté divine, en Christ) par un Concile Oecuménique, dont le décret a été sanctionné par le successeur d'Honorius.

Je ne prétends pas ici, bien que d'autres personnes le pourraient, que François a publiquement promu l'hérésie au sens strict, qui (comme le note Peters) est défini par le droit Canon comme « la négation obstinée, après la réception du baptême, d'une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité » 1983 CIC 751 . Je remarque tout simplement, à l’encontre du Cardinal Müller, ce que Peters note, en citant le commentaire canonique de Wrenn :

« « Si, en effet, le Pape tombait dans l’hérésie, il est entendu qu'il perdrait son ministère. Le fait de tomber de la Foi de Pierre, c’est de tomber de sa Chaire… »

« Bien sûr, tous admettent qu'en parlant des Papes qui tombent dans l'hérésie, nous parlons d'un scénario très éloigné ... » Et le grand Felix Cappello, Summa Iuris I (1949) n. 309, pensait que la possibilité d'un Pape tombant dans l'hérésie publique devrait être « entièrement rejetée compte tenu de l'amour particulier de Dieu pour l'Église du Christ [de peur] que l'Église ne tombe dans un plus grand danger ». Mais la confiance de Cappello (du moins en ce qui a trait à la protection divine contre les Papes hérétiques) n'a pas été partagée par son co-religionnaire, l'incomparable Franz Wernz, dont le résumé des différentes écoles de pensée canoniques sur la possibilité d'une chute papale de son ministère en raison de l'hérésie est instructif.

« Après avoir examiné les normes canoniques sur une perte du ministère papal en raison de la démission ou de la folie, Wernz-Vidal, IUS CANONICUM II (1928), n. 453, considère l'impact de l'hérésie personnelle de la part d'un Pape :

« Par l'hérésie notoirement et ouvertement exprimée, le Pontife Romain, s'il tombe dans une telle situation, est, par ce fait même, et avant toute sentence déclaratoire de l'Église, privée de son pouvoir de juridiction ... Je ne connais aucun auteur venant après Wernz qui conteste cette analyse ».

Je ne parle pas ici de la question de savoir comment une telle auto-destitution d'un Pape à cause d'une hérésie personnelle serait déclarée par l'Église. C'est une autre discussion entièrement. Mais si les canonistes conviennent qu'il est possible pour un Pape de tomber dans l'hérésie personnelle, il n'est certainement pas impossible, comme l'a dit le Cardinal, qu'un Pape égaré « présente une doctrine qui est clairement contre les Paroles de Jésus-Christ » même s'il n'ose pas imposer son erreur à l'Église. Tel est le cas avec Amoris Laetitia, qui n'impose rien à l'Église, mais ouvre la porte au renversement de la discipline Eucharistique bimillénaire de l'Église par un Évêque qui est si enclin tandis que d'autres maintiennent la ligne.

Il suffit de dire que le pontificat Bergoglien est une démonstration dramatique et historiquement unique des limites strictes de l'infaillibilité pontificale, dépassées presque tous les jours. Et cela doit faire partie de la crise ecclésiale sans précédent que le Troisième Secret prédit.