mercredi 12 juillet 2017

Selon une source fiable

À la rencontre de licenciement du Cardinal Müller,
le Pape a posé cinq questions pointues




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 10 juillet 2017


MISE À JOUR : Lorsque cette histoire a été publiée pour la première fois, nous n'avions toujours pas reçu de réponse du Cardinal Müller, de son secrétaire, ou de Greg Burke, directeur du Bureau de Presse du Vatican. Burke a depuis répondu pour dire que la reconstruction des événements de la réunion de Müller tel que décrite ci-dessous est « totalement fausse ».

Le secrétaire personnel du Cardinal Müller a répondu à OnePeterFive par courrier électronique, en disant que le Pape n'avait pas posé ces cinq questions au Cardinal Müller et ajouté que cet article des OnePeterFive causait des dommages au Cardinal Müller. Cependant, il n'a pas expliqué comment, d'autant plus que la version des événements signalés par nos sources dépeint Müller sous une lumière favorable et orthodoxe.

Nous avons juste reçu une deuxième confirmation de l'histoire de notre source fiable qui provient directement du coeur du Catholicisme Allemand loyal et bien connecté. Nous prévoyons donc écrire un suivi de cette histoire dans un proche avenir.


Après que le Cardinal Gerhard Müller, ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, eut révélé qu'il avait personnellement parlé au téléphone avec le défunt Cardinal Joachim Meisner au sujet de son récent licenciement et que cette conversation a eu lieu la veille de la mort soudaine de Meisner le matin du 5 juillet, plusieurs sources bien informées en Europe en communication avec moi ont tous utilisé la même expression, à savoir qu'ils ont spéculé que peut-être le Cardinal Meisner était-il mort « d’une attaque du cœur ». À la lumière des informations suivantes divulguées à propos de la réunion du 30 juin entre le Pape François et le Cardinal Müller, nous pourrions être encore plus enclins à croire que ce fut le cas du moins en tant que possibilité morale.

Les informations suivantes proviennent du rapport d'une source Allemande digne de confiance, qui a parlé à OnePeterFive sous condition d'anonymat. Il cite un témoin oculaire qui s'est récemment assis avec le Cardinal Müller lors d’un déjeuner à Mayence, en Allemagne. Au cours de ce repas, le Cardinal Müller aurait divulgué en présence de ce témoin certaines informations sur sa dernière réunion avec le Pape au cours de laquelle il a été informé que son mandat en tant que Préfet de la CDF ne serait pas renouvelé.

Selon ce rapport, le Cardinal Müller a été appelé au Palais Apostolique le 30 juin, et il est allé là-bas avec ses dossiers de travail, en supposant que cette réunion serait une séance de travail habituelle. Le Pape lui a dit, cependant, qu'il n'avait que cinq questions pour lui :

  • Êtes-vous en faveur ou contre un diaconat féminin ? « Je suis contre » a répondu le Cardinal Müller.

  • Êtes-vous favorable ou non à l'abrogation du célibat ? « Bien sûr, je suis contre » a répondu le Cardinal.

  • Êtes-vous en faveur ou contre des femmes prêtres ? « Je suis décidément très contre » a répondu le Cardinal Müller.

  • Êtes-vous prêt à défendre Amoris Laetitia ? « En autant que possible ». Le Préfet de la Congrégation pour la Foi a répondu : « Il existe toujours des ambiguïtés ».

  • Êtes-vous disposé à rétracter votre plainte concernant le licenciement de trois de vos employés ? Le Cardinal Müller a répondu : « Saint Père, c’étaient de bons hommes et sans faute que je manque maintenant, et il ne fallait pas les renvoyer par-dessus ma tête, peu de temps avant Noël si bien qu'ils ont dû vider leurs bureaux avant le 28 décembre. Je les manque maintenant ».

Sur quoi le Pape répondit : « Bien. Le Cardinal Müller, je veux seulement vous faire savoir que je n'allongerai pas votre mandat [c'est-à-dire au-delà du 2 juillet] comme Préfet de la Congrégation pour la Foi ». Sans aucun adieu ni explication, le Pape a quitté la salle. Le Cardinal Müller pensa tout d'abord que le Pape était parti pour aller chercher un petit cadeau de reconnaissance et il attendit patiemment. Mais, il n'y avait pas de cadeau, ni même une expression de gratitude pour ses services. Le Préfet de la Maison Papale, l'Archevêque Georg Gänswein, a alors dû lui expliquer que la réunion était terminée et qu'il était temps de partir.

Au moment de la rédaction de ce document, nous n'avons pas été en mesure d'obtenir la confirmation de ces événements du Cardinal Müller, ni de son secrétaire, à qui nous nous sommes adressés pour commentaire. De même, nous avons demandé un commentaire à Greg Burke du Bureau de Presse du Vatican qui a nié l'histoire en disant que la reconstruction des événements comme nous les avons présentés est « totalement fausse ».

Si ce rapport est vrai — et, compte tenu des sources, nous avons peu de raisons d’en douter — nous pouvons bien imaginer pourquoi le Cardinal Meisner aurait été en difficulté après avoir entendu parler de cette réunion dans les heures qui ont précédé son décès. Est-ce que ces cinq questions avec leurs réponses oui ou non, si elles ont été demandées au Cardinal Müller, constituent une sorte de dubia inversés ? Est-ce que les réponses du Cardinal Müller, dans la mesure où elles étaient conformes à la pensée Catholique orthodoxe, sont la raison pour laquelle il n’a pas été invité à continuer de jouer son rôle de Préfet de la CDF ? Sur les cinq questions, trois (diaconat féminin, célibat sacerdotal et promotion d'Amoris Laetitia) ont été largement discutées dans le cadre du programme de la « réforme » du Pape. (Il semble digne d'être mentionné à cet égard que l'Archevêque Luis Françoisco Ladaria Ferrer, SJ, qui a été nommé remplaçant de Müller en tant que Préfet de la CDF, a été nommé l'année dernière en tant que président de la Commission pour l'étude du diaconat des femmes). Mais est-ce que la prêtrise féminine devrait vraiment être examinée en rapport avec le diaconat féminin bien que le Pape François ait déjà personnellement affirmé la compréhension que le Pape Jean-Paul II a définitivement exclu cette possibilité ? Et qu’en est-il de la dernière question présumée — celle concernant le licenciement par le Pape de trois prêtres de la CDF l'année dernière sans motif ? Si une telle question était posée, était-ce simplement une épreuve d'obéissance absolue ? Rappelons que la réponse rapportée par le Pape, quand il lui fut demandé par le Cardinal Müller au sujet du licenciement de ces trois prêtres, était simplement de dire : « Je suis le Pape, je n'ai pas besoin de motiver mes décisions. J'ai décidé qu'ils doivent partir et ils doivent partir ».

Dans une interview avec le journal Allemand Passauer Neue Press, Müller a révélé des informations supplémentaires qui semblent soutenir la brusquerie décrite ci-dessus sur sa rencontre finale avec le Pape :

« Le Pape François, a déclaré le Cardinal Müller, a « communiqué sa décision » de ne pas renouveler son mandat « à une minute » du dernier jour ouvrable de son mandat de cinq ans et n'a donné aucune raison pour cela ».

« Ce style [sic] je ne peux pas l’accepter » a déclaré Müller. Lorsqu’on traite avec les employés, « l'enseignement social de l'Église devrait être appliqué » a-t-il ajouté.

Comme notre propre rapport sur le départ du Cardinal Müller l’a documenté, il a subi un certain nombre d'humiliations pendant son mandat de Préfet de la CDF sous le pontificat actuel. Néanmoins, Müller a pris des mesures depuis l'annonce de son départ pour donner l'impression publique que sa relation avec le Pape n'était pas tendue. « Il n'y avait pas de différences entre moi et le Pape François » a déclaré Müller à un journal local Allemand lors de la même visite à Mayence quand il aurait révélé à son compagnon de restaurant le contexte de son dernier entretien avec le Pape. Il n'est pas tout à fait clair si Müller exprime un manque de conflit entre lui et le Pape comme un signe de solidarité ou si c’est pour souligner la décision inattendue du Pape de ne pas renouveler son mandat. Quoi qu'il en soit, il a cherché en public à minimiser l'importance de son départ.

Il y a peu de choses sur le licenciement de Müller de l'une des fonctions ecclésiastiques les plus importantes de l'Église Catholique qui ne soit pas inhabituel. Le journaliste du Vatican, Marco Tosatti, a noté dans son important essai pour First Things le 7 juillet [ voir la traduction de cet article ici ], le départ de Müller du poste à l'âge de 69 ans — avant l'âge de la retraite obligatoire — était « un geste sans précédent dans l'histoire récente de l'Église ». Au cours des six dernières décennies, Tosatti a noté que « les Préfets de la Congrégation la plus importante de l'Église ( elle a été appelée La Suprema) ont pris leur retraite pour des raisons d'âge ou de santé, ou ont été appelés, dans le cas de Joseph Ratzinger, à devenir Pape». Aucun durant cette période n’a souffert de l’humiliation d’être simplement remercié sans ménagement.

Une anecdote racontée par Tosatti à partir de ses propres conversations avec des amis du Cardinal Allemand donne une crédibilité particulière à l'image émergente que le Pape François a longuement traité le Préfet émérite avec mépris :

« Il semble que Müller ait vécu la vie sous Bergoglio comme une sorte de calvaire. Ceci, malgré les déclarations de Müller : il a été un bon soldat jusqu'à la fin, et même au-delà ».

« La première étape du Calvaire de Müller a été un épisode déconcertant au milieu de 2013. Le Cardinal célébrait la Messe dans l'église annexée au palais de la congrégation pour un groupe d'étudiants et d’académiciens Allemands. Son secrétaire l'a rejoint à l'autel. « Le Pape veut vous parler » « Lui avez-vous dit que je célébrais la Messe ? » demanda Müller . « Oui » a répondu le secrétaire « mais il a dit que ça ne le dérangeait pas, qu’il voulait vous parler tout de même ». Le Cardinal est allé à la sacristie. Le Pape, dans une très mauvaise humeur, lui a donné des ordres et un dossier concernant l'un de ses amis, un Cardinal. ( Ceci est une question très délicate. J'ai cherché une explication de l'incident à partir des canaux officiels. Jusqu'à ce que l'explication nous vienne, si jamais elle nous vient, je ne peux pas donner plus de détails ). De toute évidence, Muller était sidéré ».

Comme Marco Tosatti, nous avons cherché, mais ne pourrons peut-être jamais fournir une explication sur l'incident des cinq questions à partir des canaux officiels. Nous pouvons seulement dire que nos sources ne s’adonnent pas à de vagues spéculations. Elles sont confiantes que les événements se sont déroulés comme ils les ont décrits.

Pour l'instant, il suffit de noter que, dans les circonstances actuelles, même les sceptiques auraient du mal à rejeter un rapport d'un tel incident. Les histoires sortant du Vatican sont de plus en plus incroyables à chaque jour — et même les pires semblent ne pas mériter de commentaires — ou plus important encore, de correction — aux yeux des responsables de l'Église.