vendredi 11 août 2017

Et si nous étions tous des Catholiques du berceau, monsieur Ivereigh ?

Après tous les Catholiques « rigides » qui ne sont pas à la périphérie qui sont vilipendés, voici maintenant les « journalistes convertis ». Mais qui restera-t-il à vilipender ? Certainement pas les Luthériens, ni les Anglicans ou les Musulmans !



Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 10 août 2017


Depuis quelque temps, ce commentaire est venu de la direction des partisans et des défenseurs du Pape François à l’effet que les critiques papaux sont souvent des convertis. Pour une raison quelconque, cela semble être un défaut. Austen Ivereigh, entre autres, a maintenant présenté cette argumentation sous la forme d'un article pour Crux : « Le Pape François et le problème de la conversion ».

Bien que Ivereigh insiste d'abord sur le fait qu'il « aime » les convertis, il présente un commentaire de grande envergure à propos des nombreux critiques éminents du Pape :

« Maintenant, il est tout à fait possible que des commentateurs élégants tels que Ross Douthat (Times ) et le chef de Matthew [Schmitz] Rusty Reno (tous deux anciens Épiscopaliens) ou, à l’autre extrême encore plus sévère, des écrivains comme Carl Orlson (ex-fondamentaliste Protestant) et John Henry Westen (ex-athée), ou même des ex-Anglicans de mon propre terroir tel que Daniel Hitchens du Catholic Herald et Edward Pentin du National Catholic Register à Rome, sont tous corrects dans leurs lectures. Mais il est beaucoup plus probable que leur bagage ait déformé leur herméneutique et souffrent de la névrose du converti ».

Comme l'explique Ivereigh : « La névrose est une réaction pathologique ou extrême à quelque chose qui ne correspond tout simplement pas à la réalité ». En suivant cette argumentation, l'auteur prétend que de nombreux convertis ont tendance à manquer d'humilité en n'acceptant pas les changements dans l’Église et s'accrochent à l'Église d'avant le Concile Vatican II. Il cite également l'une de ses sources en disant que beaucoup de convertis « se sont convertis principalement parce que l'Église enseigne des choses qui correspondent à leurs perspectives idéologiques ». Pour résumer sa description de ces « convertis problématiques » : ils se sont convertis pour que l'Église s'adapte à leur propres points de vues « bien arrêtés » et afin de s'assurer que l'Église agisse selon leurs propres idées.

Comme je suis moi-même une convertie et comme je connais quelques-uns des journalistes ici nommés, je voudrais faire une courte réponse à ce type d'argument.

Notamment, on pourrait inverser cet argument. Puisque les convertis (et il n'est pas juste d'appeler John-Henry Westen un athée puisqu’il est un Catholique du berceau mais s'est éloigné pendant un certain temps lorsqu’il était jeune) ont vécu en dehors du Corps Mystique du Christ durant la plus grande partie de leur vie, ils arrivent bientôt à connaître ou du moins à apercevoir à quel point c’est sombre à être hors de la Grâce de Dieu. Ils ne prennent pas la Foi Catholique pour acquis, mais sont profondément reconnaissants pour le don qu'ils ont reçu. Très probablement, certains d'entre eux ont vécu une vie non conforme aux Dix Commandements et ont maintenant changé leur vie et en sont venus à voir comment bonnes les Lois de Dieu sont pour nous — et même à voir que les Lois de Dieu sont des actes d'amour — et comment à se conformer à ces Lois nous rend vraiment libres. Ces convertis ont vu ( et expérimenté ) le désordre moral dans le monde et ont reconnu la beauté et la bonté d'une vie conformément aux Lois de Dieu — autrement dit, Ses « instructions du fabricant ».

Cela fait partie de la force démontrée par ces convertis maintenant. À cet égard, nous pourrions inclure les Catholiques du berceau qui se sont éloignés de la Foi pour certaines périodes de leur vie et sont revenus. Je sais que John-Henry Westen, ainsi que Steve Jalsevac, son collègue et cofondateur de Life Site News, ont tous deux parlé publiquement et avec enthousiasme de leur retour. Ils savent eux aussi ce que c’est d’être, de leur propre choix, à l'extérieur du Corps Mystique du Christ —en dehors duquel, comme l'a dit Hilaire Belloc, il n'y a que des ténèbres.

Nous qui avons vu la différence entre une lumière et les ténèbres pourrions maintenant être enclins à lutter pleinement de nos vies pour la Vérité du Christ parce que nous sommes, en un sens, de bons témoins pour cela. C’est de notre profonde gratitude que nous souhaitons retourner au Christ Son Pardon, Son Amour et Sa Grâce.

Ainsi, à mes yeux, ce sont ceux qui ont péché et qui se sont convertis qui sont maintenant parfois les témoins les plus forts de la Foi, d'autant plus que le Pape François aime être très attentif au pécheur et à ceux qui sont en marge ou « en périphérie ». J'ai moi-même vécu les deux tiers de ma vie « en périphérie ».

Considérons maintenant ce qui se passerait si nous n'étions pas tous convertis à la Foi Catholique, mais que nous soyons tous des Catholiques du berceau. Cela nous sauvera-t-il de la réprimande d'Ivereigh (et des autres) pour notre critique du Pape François ?

Ne tomberions-nous pas dans la catégorie — souvent utilisée par le Pape lui-même — de ces Catholiques « moralisateurs » et « pharisaïques » qui sont toujours « allés à l'Église le dimanche » et qui « ont toujours gardé les Commandements » et qui regardent donc de haut le pécheur avec cet « oeil critique » ? Serions-nous donc plus convaincants ou plus dignes de confiance si nous étions des Catholiques du berceau ?

En traitant présentement des Catholiques du berceau, nous nous rendons compte que même cet argument sur l'hypocrisie ne tient pas. Puisque Steve Skojec lui-même est « l'un de ceux-là » ( Catholique du berceau), permettez-moi de rappeler à nos lecteurs qu'il est l'un des auteurs les plus directs et francs lorsqu'il s'agit de reconnaître modestement ses propres défauts et péchés. Une fois, je lui ai dit qu’en raison de son humilité et de son ouverture sur ses propres faiblesses, il ne tombait certainement pas dans la catégorie de ces Catholiques « guindés » et « hautains » qui, avec une condescendance méprisante, regardent le pécheur.

Mais alors, qui souffre de névrose en fin de compte ?

Les Catholiques du berceau avec lesquels je travaille dans la défense de l'enseignement du Christ — ici et à l'étranger — sont remplis de l'amour du Christ et sont toujours prêts à garder l'esprit de charité. L'un des plus grands esprits traditionnels de la France, Arnaud de Lassus — un père de sept enfants et l'un des grands partisans du pèlerinage de Chartres, qui était ami de mon mari depuis des décennies — était connu pour sa clarté intellectuelle et sa charité humaine envers ses adversaires. Je peux même témoigner de cette attitude et de cette disposition du cœur car, lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, j'étais une « agnostique pratiquante ». Il m'a traitée avec beaucoup de gentillesse et m'a donné un Scapulaire Vert. Je pourrai peut-être un jour découvrir combien de grâces j'ai reçues par ses actes de gentillesse et de vérité.

D'autres de ces collègues Catholiques de notre berceau ont subi des tragédies dans la vie. Ils ont subi des pertes, ils ont subi des injustices et ont également parfois chuté.

C'est ce qui nous rend tous humains. Nous ne sommes que des êtres faibles qui ont besoin de l'aide abondante de Dieu, de Sa vérité et de Sa grâce surnaturelle. Il aide chacun de nous à travailler notre salut individuel et Il nous demande d'aider les autres à réaliser leur propre salut.

Comme le Père John Hardon, S. J., avait l’habitude de dire à mon mari : « Nous serons finalement jugés par nos actes de charité pratique, par le nombre de personnes que nous avons aidées à atteindre le Ciel ». C'est cet esprit qui nous guide. Et, en ce sens, les injustices qui nous sont lancées de façon disproportionnée, apparemment dans une tentative désespérée de trouver un argument pour saper notre travail sincère, ne nous aideront qu’à continuer sur notre chemin. Offrons alors ces humiliations pour la conversion des pécheurs, pour le bien de l'Église — et pour la plus grande Gloire de Dieu.